«Ça fait mal quand je vais à la selle», dit-il simplement. «Je souffre depuis 1943.» Le Dr Hartman a effectué un examen. Ce qu’il a découvert l’a laissé sans voix. À l’intérieur du corps de cet homme, il y avait des traces d’anciens traumatismes, des cicatrices, des déformations, des dommages qui n’étaient ni naturels ni provoqués par une violence délibérée, répétée et méthodique.
“Qu’est-ce qui t’est arrivé?” demanda le docteur. Le patient resta longtemps silencieux, puis, pour la première fois depuis trente ans, il se mit à parler. Ce qu’il a rapporté ce jour-là et lors des consultations qui ont suivi ont révélé l’une des formes de torture les plus horribles et les moins documentées infligées aux prisonniers homosexuels dans les camps nazis.
Une torture conçue non pas pour tuer mais pour marquer, pour laisser une marque indélébile sur le corps de la victime pour que, même des décennies plus tard, chaque jour de sa vie lui rappelle ce qui lui a été fait. Le Dr Hartman, profondément ému par ce témoignage, s’est mis à rechercher d’autres cas similaires. En cinq ans, il trouva trois hommes dispersés en Allemagne et en Autriche souffrant des mêmes séquelles.
23 ont survécu aux mêmes tortures. Cette recherche n’a jamais été publiée de son vivant. Le sujet était trop tabou, trop indécent pour les revues médicales de l’époque. Ce n’est qu’en 2003, après sa mort, que sa fille découvre ses notes et décide de les rendre publiques. Et pour la première fois, le monde a appris ce que les nazis faisaient réellement aux prisonniers homosexuels dans certains camps.
Pour comprendre ce qui est arrivé à ces hommes, il faut remonter bien avant la guerre. Il faut remonter aux années 1930, lorsque l’Allemagne était encore une démocratie fragile, certes, mais néanmoins une démocratie. A cette époque, Berlin était la capitale de la liberté en Europe. Malgré ce paragraphe, la loi qui criminalise l’homosexualité masculine, la ville avait une scène gay florissante, des bars, des clubs, des magazines et des organisations.
Les hommes pouvaient vivre relativement ouvertement, du moins dans certains quartiers. C’était l’époque de Christopher Richard, de Marlè Diich, du cabaret et de la liberté sexuelle. Berlin était un phare pour les homosexuels du monde entier. Mais cette liberté avait des ennemis, et ces ennemis allaient bientôt prendre le pouvoir. Cette histoire commence en 1930 avec un jeune homme nommé Willelm Bron.
Il ne s’agit pas du même garde SS mentionné dans d’autres récits, mais d’un homonyme. Willel avait 20 ans. Il vivait à Berlin et était amoureux. Le nom de son amant était Carl. Ils se sont rencontrés dans un bar du quartier de Scheneberg, le quartier gay de Berlin. Ils vivaient ensemble dans un petit appartement. Tous deux travaillaient dans une usine textile.
Ils rêvaient d’un avenir où ils pourraient vivre librement. En 1930, cet avenir semblait possible. Trois ans plus tard, elle sera détruite. En janvier 1933, Adolf Hitler devient chancelier d’Allemagne. Pour Willelm et Carl, comme pour des milliers d’homosexuels allemands, ce fut le début de la fin. Les nazis avaient une haine particulière envers les homosexuels.
Pour eux, l’homosexualité n’était pas seulement un péché ou une maladie. C’était une menace existentielle pour le Reich. Les homosexuels n’avaient pas d’enfants. Ils n’ont pas contribué à la croissance de la race aryenne. Ils suivaient la logique nazie du sabotage démographique. Les mesures contre les homosexuels ont commencé dès les premiers mois du régime.
En février 1933, les bars et clubs homosexuels sont fermés. Les magazines et journaux communautaires ont été interdits. L’Institut de sexologie, fondé par Magnus Irchfeld, pionnier des droits des homosexuels, a été pillé et ses archives incendiées. Vilhelm se souviendra toute sa vie de ce jour de mai où il a vu les livres de Hirschfeld brûler sur la place publique.
Des étudiants en uniforme marron ont jeté des livres dans les flammes en chantant. De la fumée montait dans le ciel de Berlin. « Ce jour-là, dira-t-il plus tard, j’ai compris que notre monde était fini, que tout ce que nous avions construit allait être détruit. » Carl voulait s’échapper. Il parlait de Paris, d’Amsterdam, de partout sauf de l’Allemagne.
Mais Willel hésita. Ses parents étaient à Berlin. Son travail était à Berlin, sa vie était à Berlin. “Les choses vont se calmer”, a-t-il déclaré. “Les nazis ne resteront pas longtemps au pouvoir. Les Allemands sont un peuple civilisé. Ils ne permettront pas à ces barbares de diriger le pays. Il avait tort, terriblement tort. En 193, les nazis renforcèrent le paragraphe.
La nouvelle version de la loi était beaucoup plus sévère. Dès lors, un simple regard, un geste ambigu pouvait être considéré comme un acte homosexuel punissable. Les arrestations se multiplient. Des milliers d’hommes ont été arrêtés, jugés et condamnés. Les prisons se sont remplies. Mais les prisons n’étaient qu’un début. Parce que les nazis avaient une autre destination pour les homosexuels : les camps de concentration.