Une chose est indéniable : le Real Madrid gagne toujours, marque toujours des buts et fait toujours trembler toute l’Europe. Mais derrière cette auréole se cache une autre réalité : le club a perdu le rythme qui faisait la renommée des Merengues. Avec les départs de Kroos et Modric, le Real a perdu non seulement deux milieux de terrain légendaires, mais aussi son âme.
Toni Kroos est parti discrètement, simplement et avec la même précision qu’il avait adoptée durant la dernière décennie. Luka Modric a suivi, concluant douze années glorieuses, ponctuées d’innombrables moments qui ont fait vibrer le cœur de tous les amoureux du football. Tous deux n’étaient pas seulement des joueurs talentueux : ils étaient ceux qui incarnaient le rythme, le cœur battant du Real Madrid durant son âge d’or.

Alors que les feux du passé s’éteignent, la question résonne encore au Bernabéu : qui leur succédera ?
Le Real Madrid a un jour cru que la jeunesse serait la solution. Bellingham, Camavinga, Valverde et Tchouaméni étaient tous talentueux, dynamiques et modernes. Mais cette même modernité a fait perdre au Real son élégance classique – ce football qui lui permettait de contrôler tout un match en quelques touches de balle. Désormais, le Real est plus rapide, plus fort, mais aussi plus précipité et moins précis que jamais.
Une conversation entre Courtois et Bellingham lors du match nul contre le Rayo Vallecano est révélatrice. Bellingham lui dit : « Arrête de me faire de longues passes », ce à quoi Courtois ne put que répondre : « Je n’ai pas le choix. » La réponse paraît simple, mais elle met en lumière le problème fondamental : le Real Madrid n’a plus de meneur de jeu, plus de soutien tactique au milieu de terrain.
Dans ce contexte, Guler – le jeune prodige considéré comme le « futur Modric » – n’a pas pu briller comme on l’espérait. Il possède la technique et la vision du jeu, mais manque du courage et de la stabilité d’un leader au milieu de terrain. Après des blessures à répétition, Guler semble encore trop fragile pour assumer les immenses attentes des supporters.
Xabi Alonso, à sa première saison à la tête du Real, le comprend mieux que quiconque. Il était le chef d’orchestre, celui qui donnait le rythme à l’équipe. Désormais, Alonso a besoin d’un « nouveau Xabi Alonso » au milieu. La question est : Pérez est-il prêt à lui offrir un contrat à la hauteur de ses ambitions pour recréer l’ADN victorieux du Real ?
Le nom qui revient le plus souvent en ce moment est celui de Vitinha. Le milieu de terrain portugais est au cœur des rumeurs de départ du PSG, sur fond de dissensions internes au sein du club parisien. Vitinha pratique un football intelligent, serein et précis dans le contrôle du rythme du jeu – des qualités dont le Real Madrid a cruellement besoin. Il n’est pas bruyant, mais chaque touche de balle est calculée.
L’arrivée de Vitinha au Bernabéu, sous les ordres d’Alonso, pourrait bien être la solution au problème que Pérez n’a pas su résoudre depuis l’ère Modric-Kroos. Mais pour cela, il faudra plus que de l’argent. Il faudra du courage pour changer, pour croire en une philosophie qui a mené le Real au sommet : toute gloire prend racine au milieu de terrain.
Le Real Madrid possède une attaque de feu – avec Mbappé, Vinicius, Rodrygo et Endrick. Ils peuvent marquer de n’importe quelle position, mais aucun d’eux ne peut contrôler le rythme, mener le jeu ou ralentir le tempo quand il le faut. Cette absence rend parfois le Real fragile, même en cas de victoire.
Pérez le comprend. Il sait que le Real Madrid peut acheter une réputation, mais pas un cœur. Kroos et Modric sont ceux qui font du football au Bernabéu un art – un art qui s’éteint peu à peu.
Et si le Real veut continuer à écrire cette grande symphonie, il lui faut quelqu’un capable de tenir le bâton. Peut-être Guler à l’avenir. Peut-être Vitinha, si Pérez est suffisamment déterminé pour signer ce contrat.
D’ici là, le Bernabéu continuera de résonner de cette musique inachevée – à la fois héroïque et poignante – comme un regret adressé aux deux chefs d’orchestre qui sont partis, et comme un appel à celui ou celle qui composera la mélodie inachevée du Real Madrid.