L’impartialité des médias de service public est un principe fondamental qui soutient les bases de la démocratie. Cependant, cet après-midi du mardi 7 février 2026, cette impartialité semble avoir été mise à l’épreuve de manière particulièrement intense. Au sein de l’Assemblée nationale, Bertrand Rutili, Directeur des antennes et de la production de France Inter, a vécu une audition difficile, qui marquera sans doute les esprits.
Convoqué par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, ce haut responsable s’est vu confronter à son passé numérique et à ses engagements politiques, mettant en lumière un malaise latent au sein de la Maison de la Radio.

L’audition a commencé sur le terrain de l’engagement local, avec une question préliminaire sur ses antécédents en tant que conseiller municipal à Boulogne-Billancourt. Bien que M. Rutili ait d’abord minimisé son rôle, le qualifiant d’engagement “citoyen sans étiquette”, les députés présents dans la commission ont rapidement fait remarquer son alliance avec le groupe Europe Écologie Les Verts (EELV) au sein du conseil municipal. Une alliance qui, bien que non partisane, soulève immédiatement des questions sur la neutralité de l’individu au moment de la gestion d’un service public tel que France Inter.

Cependant, c’est sur le terrain des réseaux sociaux que la tension a véritablement atteint son paroxysme. Le rapporteur de la commission a brandi des captures d’écran du compte Twitter personnel de Bertrand Rutili. Bien que ces publications datent d’avant sa prise de fonction à France Inter, elles révèlent des opinions politiques affirmées. En janvier 2022, par exemple, il avait tweeté : « La jeunesse emmerde le Front National ».
Quelques mois plus tard, il s’en était pris à Marine Le Pen, qu’il qualifiait d’exemple d’un « amateurisme érigé au rang d’art », et désignait les vice-présidents RN de l’Assemblée nationale comme des « ennemis de la démocratie ».

Face à cette pluie de preuves accablantes, Bertrand Rutili a adopté une défense chronologique. Il a insisté sur le fait que les tweets en question précédaient tous sa nomination à Radio France. Selon lui, depuis sa prise de fonction, son compte Twitter est devenu inactif sur les questions politiques, affirmant ainsi sa neutralité professionnelle. “Croyez à mon intégrité professionnelle qui fait qu’à aucun moment ce que je peux penser n’a d’influence sur mon travail”, a-t-il répliqué, cherchant à dissocier son engagement personnel de son rôle institutionnel.
Mais cette défense n’a pas totalement convaincu la commission, qui a souligné l’importance du contexte et du rôle stratégique de M. Rutili.
Pour les députés de la commission, la question n’était pas tant de savoir quand ces propos avaient été tenus, mais bien s’ils révélaient un biais idéologique incompatible avec le rôle de directeur des antennes de France Inter, un poste dont la responsabilité est de garantir une information pluraliste et équilibrée. Le rapporteur a mis en avant un point préoccupant : parmi les responsables auditionnés dans le cadre de cette enquête, la quasi-totalité affichait un passé politique marqué à gauche, qu’il s’agisse du Parti Socialiste ou des Verts, sans qu’aucun contre-exemple de sensibilité politique de droite n’ait été trouvé.
Cette observation a renforcé les doutes concernant l’impartialité des journalistes et des responsables des médias publics, d’autant plus que ces derniers, par leur influence, participent à façonner le paysage de l’information en France.
Cette situation soulève une question fondamentale : comment garantir le pluralisme de l’information et une véritable objectivité lorsque ceux qui tiennent les rênes éditoriales affichent clairement leurs convictions personnelles, souvent perçues comme partisanes ? Si M. Rutili a insisté sur le fait que son rôle ne touchait pas directement à la gestion quotidienne des contenus éditoriaux, il n’en reste pas moins qu’en tant que directeur des antennes, il occupe une fonction stratégique qui lui confère un pouvoir de décision et d’influence sur la ligne éditoriale.
Son poste en fait un acteur clé dans la perception de l’équilibre des informations diffusées au public.
L’audition s’est conclue par un avertissement de la part de la commission sur la responsabilité des figures publiques, notamment celles qui occupent des postes aussi stratégiques, dans la gestion de leurs réseaux sociaux. L’argument de “compte personnel” ne tient plus lorsqu’on exerce une fonction d’une telle envergure, dont les implications dépassent largement le cadre de la sphère privée. La commission a insisté sur le fait qu’à ce niveau de responsabilité, la ligne entre l’individu privé et le serviteur public devient floue, et que l’intégrité professionnelle doit primer sur les convictions personnelles.
Cette audition a eu des répercussions importantes, non seulement sur la crédibilité de Bertrand Rutili, mais aussi sur celle de France Inter et, plus largement, sur la gouvernance des médias publics en France. Elle relance un débat de fond sur l’impartialité des journalistes et des responsables médiatiques, notamment dans un contexte où les opinions politiques des dirigeants peuvent nuire à la perception de leur neutralité.
Le besoin d’une réforme profonde de la gouvernance des médias publics est désormais plus que jamais d’actualité, afin de garantir une véritable représentativité des opinions et de protéger la crédibilité des informations diffusées auprès du public. Il en va de la confiance des citoyens dans leur service public de l’information.